| PLONGéE AQUALUNG, une longue histoire sous pression. Au début des années 60, ma première intrusion subaquatique dans la baignoire familiale ne fût pas couronnée d'un vif succès. Le cerclage en bois du couvercle de la boîte de camembert que j'avais délicatement substitué, même recouvert d'un film plastique transparent habilement collé, ne présentera pas l'étanchéité nécessaire à constituer un masque confortable pour ma première immersion. Elle n'en reste pas moins mémorable, mes narines s'en souviennent. Même si la technologie n'était pas au rendez-vous, l'idée n'était pas si mauvaise pour un môme de cinq ans. Cela m'a d'ailleurs valu peut-être mon plus beau cadeau de noël l'année suivante, une paire de palmes, un masque et un tuba. Un rêve d'enfant. Cela allait me permettre enfin de pénétrer l'univers qui, dans mon esprit, appartenait encore à Jules VERNE. Le matériel sus-nommé, n'en était d'ailleurs pas très éloigné. Et puis, avec la première chaîne de télévision, sont entrées dans la maison les fameuses épopées du commandant COUSTEAU et de la Calypso. La machine à accélérer le temps, à découvrir l'inconnu et à comprendre la vie était inventée. Les pionniers et inventeurs de la plongée sous-marine venaient de prendre le train de la révolution industrielle du vingtième siècle. Bien que n'ayant bien évidemment encore jamais endossé de scaphandre autonome sur mes épaules d'enfant, l'imagination allait tout de même bon train. Celle-ci me conduisit à dérober la ceinture de sécurité de la 404 de mon père pour fabriquer une ceinture de lest à largage rapide. Je réussis à mettre mon voisin, menuisier, dans la confidence, et à le décider à me confectionner un moule à plomb, selon mes plans, afin de garnir la fameuse ceinture. Ce moule, en bois dur, recevra par la suite du plomb de récupération que je fondais sur la gazinière en l'absence de ma mère, dans le plus grand secret, à l'abri d'une bonne raclée. Il est vrai que mes expériences clandestines et dangereuses auraient pu trouver des fins plus tragiques pour un gamin de dix ans. Tout aussi dangereux, je m'adonnais à des séances d'apnée dans la baignoire qui dépassaient les deux minutes. Peut-être existait-il alors un dieu de la plongée, puisque cette année là fût couronnée par mon baptême de plongée en scaphandre, à la profondeur de onze mètres pour mes onze ans. C'était la libération, la fin et en même temps le début de toute l'imagination qui vous conduit vers une seule destination : l'inconnu. Je fus alors autorisé à m'offrir avec mes propres deniers, un vrai couteau de plongée. En fait le plus grand souvenir que j'en ai, c'est l'autocollant noir et jaune contenu dans la boîte, avec le plongeur, effigie de la Spirotechnique. Je l'ai, après l'avoir collé sur mon vélo, recopié des dizaines de fois et placardé sur tout ce qui pouvait m'appartenir, cartable, cahiers, livres, etc… Je pense même qu'aujourd'hui, 30 ans plus tard, je pourrais le redessiner les yeux fermés. A partir de ce moment, toutes mes années d'adolescent seront ponctuées par l'attente du fameux mois d'août, durant lequel je pourrais effectuer les quelques plongées que j'avais fait et refait dans ma tête pendant les cours de mathématiques ou de français. Je ne sais pas si la plongée fabrique des génies, mais mon imagination y était débordante. C'est là que je réinventais le narguilé avec le tuyau d'arrosage du jardin, les bidons en plastique qui allaient se comprimer et délivrer de l'air pour rester quelques secondes de plus. J'avais beau lire et relire inlassablement mon livre de chevet, la première édition de « La Plongée » de Guy Poulet et Robert Barincou, j'étais persuadé que j'allais faire de nouvelles découvertes. Le mois de juillet était consacré, lui, au job d'été qui allait me permettre de m'acheter chaque année, du nouveau matériel. L'aboutissement suprême, fût incontestablement ma première combinaison. Une peau de requin, noire à bande jaune, d'occasion, et bien sûr beaucoup trop grande pour un gamin d'alors 13 ans. Je crois que je l'ai enfilée plus souvent l'hiver dans ma chambre, que l'été pour plonger réellement. En tout cas, elle entretenait le rêve et laissait dans mon armoire l'odeur du vieux néoprène qui me rappelait que j'appartenais à la petite famille des homopalmus. Chaque année sera ponctuée par l'acquisition des nouveautés qui ne cessent de voir le jour en cette période faste dans le développement de la plongée. Etait-il alors possible de pénétrer le monde des adultes sans devenir moniteur de plongée ? Autant de questions auxquelles je n'ai pu répondre, trop occupé à produire des bulles sous toutes les surfaces de l'élément liquide. Après avoir traversé des océans pour tremper mes palmes, je croyais qu'au milieu des montagnes, Archimède, Mariotte, Dalton et tous les autres ne m'auraient pas retrouvé. N'y croyez pas, mais moi, je suis certain qu'ils y ont mis des lacs rien que pour me faire plonger ! |